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Domaine de l’Arnesque, Plan de Dieu

Un 2010 sur le fruit avec de jolis tanins mais plutôt à déguster dans quelques années. Un 2009 qui se boit avec délice. Un très joli travail de Sébastien du domaine de l’Arnesque qui sait bichonner sa terre et ses vignes.


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François Blanchard du domaine Le Grand-Cléré

mardi 2 février 2010, par Monsieur Septime

Vigneron de 34 ans, François Blanchard est initialement un musicien et ne se destinait pas particulièrement à la vigne bien que l’on fasse du vin dans sa famille depuis plusieurs générations. Nous l’avons rencontré à l’occasion de Buvons Nature en décembre 2009 à Paris. Un vigneron de conviction et de projets.

Ton parcours ?

Au début je ne souhaitais pas être viticulteur. Dans ce terme il y a une notion de modernité, technologique et industrielle qui ne me convient pas. Je ne soupçonnais pas que le métier de vigneron puisse exister. Entre vigneron et viticulteur, il y a cette même différence qu’entre paysan et agriculteur. D’ailleurs si vous regardez dans le dictionnaire vigneron et viticulteur ont la même définition sauf que viticulteur est un mot qui a été créé après, sûrement pour redorer la profession suite à la modernisation et à la mécanisation. Enfant je ne comprenais pas pourquoi il fallait traiter au printemps. Moi j’aimais la nature, j’aimais grimper dans les arbres, regarder les fleurs, observer les insectes.

Après avoir fait une école de jazz à Tours, j’étais parti pour m’aventurer très loin à l’étranger avec mon instrument, la basse. Et au final, comme beaucoup, j’ai été rattrapé par mes racines.
Ma famille est arrivée dans la région à l’époque du phylloxera. Ils étaient agriculteurs. Ils ont pris des cours du soir, ont appris à greffer et ont réalisé des pépinières. Comme il n’y avait pas trop de réglementation sur les droits de plantation en ce temps, les plants non vendus étaient plantés. Mon arrière grand-père a continué en développant plus la traction animale. Ensuite mon grand-père qui avait fait des études d’ingénieur agronome, a été plus loin dans la recherche et a planté jusqu’à 210 cépages dont ceux d’Alsace, du bordelais etc.. Mais aussi beaucoup d’hybrides. Hybrides qui, entre parenthèses, produisent très bien sans qu’il y ait nécessité de traiter. Il a voulu aussi moderniser l’exploitation donc machine à vendanger etc …. Il a testé beaucoup de choses mais du fait d’un contexte familial difficile et d’un tempérament dur, il n’a voulu transmettre à aucun membre de la famille. J’ai donc vu ce lieu, comme un vieux bateau abandonné et resté à quai. J’ai des souvenirs d’enfance forts, attachés à cette exploitation, des moments magiques, des émotions.

Lorsque j’habitais à la ville et que j’étudiais la musique, je rencontrais souvent des difficultés pour trouver des locaux, et avec le recul, j’ai mesuré l’importance de l’espace et du retirement de ce lieu familial rural. Il était clair pour moi qu’il fallait que je sauve cet endroit et son potentiel, mais j’avais du mal à dessiner l’avenir. Je passais de temps en temps voir mon grand père. Nous goûtions des vins avec des amis à lui. Nous parlions de la guerre. Il m’a amené vers le côté « beau » du vin, celui où on trouve la sa convivialité avec la bonne chair mais aussi les parfums et les arômes et la rêverie. En revanche, malgré le respect d’une méthode artisanale, il vinifiait de manière œnologique. C’était l’époque qui voulait ça. Bien qu’il ne voulait pas transmettre, il s’interrogeait comme je le faisais également sur la suite. Pour ne pas avoir de remords plus tard, je me suis renseigné auprès de la Chambre d’Agriculture, et il fallait que je fasse une formation. J’avais des a priori avant d’y aller car ce n’était pas trop mon truc l’agriculture. Et là bas je me suis retrouvé parmi des gens issus d’horizons différents : un sommelier, Jean Christophe Garnier (en vin naturel à St Lambert du Lattay), des fils de vignerons et d’autres avec des parcours atypiques (sage femme, ambulancier, commercial de France Boisson, cadre SNCF, etc...) Beaucoup de gens différents et tout le monde était intrigué par la Bio. Avec ce petit groupe, on a donc visité pas mal de domaines Bio. J’ai aussi rencontré d’autres producteur en bio comme des maraîchers, des arboriculteurs, etc... Quand j’ai fini le cursus qui me permettait de devenir vigneron, mon grand-père n’a pas voulu malgré ses 91 ans léguer ne serait-ce qu’un bout de l’exploitation. J’étais quand même rassuré car j’avais maintenant les compétences administratives pour reprendre et sauver le bateau. Entre temps, le hasard a voulu qu’il y ait une vigne d’à peine 3 ha que mon père et ma mère avaient plantée à ma naissance et qui se libérait. Mais cette vigne était en friche avec des ronces partout. Donc en 2003 je me suis installé dans la vieille écurie à chevaux. Mon grand-père exerçait encore son activité de son côté. J’ai récupéré deux vieux pressoirs en bois et j’ai fait faire des égrappoirs en osier. Et à coup de sécateur j’ai remis la vigne en état. En 2005, mon grand-père décède à l’âge de 94 ans suivi 7 mois après par mon père à l’âge de 62 ans qui souffrait d’une dégénérescence neuromusculaire, la maladie de Charcot dont on sait maintenant qu’elle est liée aux pesticides.

Avec mon frère nous nous sommes battus pour préserver le lieu qui aurait pu être vendu car dans les règlements familiaux, tout le monde n’a pas la même pensée. Aujourd’hui, après un long combat, nous avons obtenu cet objectif, ce qui ouvre vers d’autres horizons et va nous laisser plus de temps pour les autres projets.

Par exemple, je viens de récupérer une parcelle avec des pieds qui ont une quarantaine d’années et qui appartenait à mon grand-père mais qui n’a pas été travaillée depuis plus de six ans. Je vais essayer de la remettre en état. Donc une taille très dure. Ensuite je fais confiance aux extraits fermentés d’ortie et à toutes les autres plantes. Il y a plusieurs cépages : chardonnay, un ou deux rangs de chenin, du cabernet et du Sauvignon mais qui ne sont pas plantés sur le même terroir que je travaille déjà au Grand Cléré. Je ferai une vinification parcellaire et une séparation des cuvées pour bien distinguer les terroirs.

La bio ?

Je me détache de plus en plus de l’expression « agriculture biologique ». Car il y a maintenant une réglementation européenne qui est de moins en moins draconienne et qui fait que le logo AB est récupéré par la grande distribution. C’est d’une certaine façon un bien car il vaut mieux une agriculture bio industrielle qu’une conventionnelle industrielle mais j’estime quand même qu’un producteur à l’échelle humaine peut aller plus loin dans le respect de la nature.

Je garde encore ce logo car c’est important d’être contrôlé pour le consommateur et aujourd’hui être certifié est le minimum syndical pour la qualité, qualité à la fois intrinsèque mais aussi gustative.

Je vais assez loin dans ma démarche. En 2006 je n’ai pas traité et j’ai essayé de bannir le cuivre. Grâce à Eric Petiot j’ai appris à être autonome avec les plantes. Je ramasse mon ortie, ma bardane, ma presle et je les travaille à la fois en extrait fermenté mais aussi séchées pour faire des tisanes et des décoctions.
2007 a été dur et en 2008, année à mildiou, je n’ai pas eu de raisin. Le fait d’avoir été assez loin et d’avoir commis des erreurs m’a permis de trouver la juste limite.

La bio-dynamie ?

Je pourrai me certifier mais j’aime plutôt me définir comme un bio-préhistorique. Tous les jours quand je suis dans la nature, j’ai l’impression d’ouvrir la page d’une grande bibliothèque internationale du vivant, tous les jours c’est une nouvelle leçon. Je me considère toujours en apprentissage. Je ne veux pas être un vigneron dominateur mais je veux vraiment faire partie de l’écosystème. A mon sens, plus on est haut sur son tracteur, plus on s’éloigne de la vérité et de l’authenticité, plus on est loin de ce qui se passe sur le sol et dans le sol.

Pour moi être bio-dynamiste, c’est atteindre la sagesse. C’est-à-dire que l’on a comprit les interactions entre le mouvement des planètes et les végétaux et que l’on arrive à faire une relation précise entre le ciel et la terre. Mais je ne connais pas suffisamment le ciel pour faire ce lien, ce qui ne m’empêche pas de travailler tout de même avec la lune et la pression atmosphérique par exemple pour les mises en bouteille, la taille, le prélèvement des boutures...

Je suis désappointé quand je vois sur un domaine de 20 ou 30 hectares, un vigneron en bio-dynamie aller pulvériser des décoctions à 5h du matin sans se demander s’il y a des insectes entrain de se reproduire dans ses vignes ou s’il y a des oisillons qui se font asperger. Avons-nous le droit de bouleverser les écosystèmes, sans se préoccuper des cycles de repos de la nature ?

Je m’étonne aussi des bio-dynamistes qui ne prennent pas le temps de faire leurs préparations et qui préfèrent les acheter. En agriculture biologique l’autonomie sur une exploitation doit être la priorité et je crois qu’il vaut mieux voir moins grand mais savoir où on ramasse ses plantes. Si un prestataire fabrique pour les autres des produits à base de plantes, il désertifie. Le commerce des plantes est à mon avis un paradox.

Bref, c’est pour tout cela que je préfère me qualifier de bio-préhistorique.

Le cycle naturel ?

En cave levures et bactéries vivent au rythme des saisons. L’hiver est une forme d’hibernation car en cave les températures ne sont pas propices à leur développement. C’est un bon moment pour le vin car s’il fait froid il y aura une filtration naturelle ; les particules solides tombant au fond des divers récipients.

Le printemps quand à lui est synonyme de la de réveil de la nature.
L’été marque l’activité optimale pour les levures et les bactéries.
Et à l’automne, tranquillement la stabilité s’effectue.

La stabilité d’un vin est obtenue au minimum au bout d’un an. Il est donc impératif de porter une attention particulière aux saisons. A ce jour, c’est seulement au bout d’un an que je me demande si je dois mettre en bouteille ou pas.

Un vigneron brasseur ?

Pour pallier aux années où je n’ai pas de vin, j’ai décidé de faire de la bière et donc pour cela de suivre une formation. J’ambitionne de produire ma propre céréale maltée et ensuite faire ma bière.
Il existe des micro-brasseries qui utilisent des céréales bios mais derrière elles levurent. Il existe peu de bières qui ne sont pas levurées : les krieks par exemple en Belgique. Cela donne des bières assez acidulées mais tout le monde n’aime pas ça.

La céréale suit aussi un cycle comme la vigne. La graine débute sa germination à l’automne qui va s’arrêter à l’arrivée de l’hiver. Au début, je travaillerai avec un tracteur mais à terme j’espère que cela sera fait en traction animale, le temps de récupérer les outils et les instruments nécessaires.

D’autres projets ?

Mon frère a un parcours dans le théâtre et moi dans la musique. Nous souhaitons poursuivre ces activités en ouvrant une sorte de « cabaret » ouvert au monde rural et ainsi rassembler des personnes qui ont l’habitude de vivre des sorties culturelles à la ville ou qui n’ont tout simplement pas accès à la culture.

De même je veux mettre en place sur l’exploitation un accueil pédagogique à destination des enfants. Les enfants sont l’avenir. Le but est de leur montrer ce qu’est un vigneron, le travail de la vigne, la flore et la faune sur une ferme dans un exemple d’authenticité. C’est important qu’ils voient ce qu’est une petite exploitation, goûter du raisin, connaître les interactions entre les insectes et les plantes. Ainsi je souhaite qu’ils aient des images en tête. Ils sauront que cela existe. Un jour ils pourront toujours aller chercher dans le tiroir de leur mémoire s’ils en ont besoin.


Repères :

Le Grand Cléré
Château du Perron
37120 Léméré


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